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Lundi 13 mars 2017 tagDECHETS / EAU

[ARTISTE WE4PLANET] Le photojournaliste Franck Vogel et les "Fleuves Frontières"

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FRANCK VOGEL

Interview avec le photojournaliste Franck Vogel

Nous rencontrons Franck Vogel, photojournaliste parisien, dans sa petite cantine du 19ème. Cafés en main, souffles réchauffés, nous entamons une interview quelque peu pressés. En effet, Franck est en plein préparatif d’un voyage à l’île Maurice pour la réalisation d’un projet sur les conflits liés à l’eau dans le but de sensibiliser le monde à cet enjeu crucial et d’amorcer une réflexion sur la gestion de ce problème.

 

We4Planet : Études de biochimie à New York, diplôme d’ingénierie à l’AgroParisTech, consultant chez Accenture pendant quelques mois; vous étiez bien engagé dans une carrière de recherche scientifique. Comment êtes-vous devenu un photojournaliste de référence du Développement Durable ? 

 

Franck Vogel : C'est vrai, j'étais lancé dans une carrière de chercheur mais cette vie plutôt solitaire ne me convenait pas du tout, je suis de nature sociable. De retour à Paris après ma maîtrise de biochimie à New York, j’ai rejoint l’AgroParisTech et j’y est fait une spécialisation en économie et gestion d’entreprises. C’était un peu une façon de m’ouvrir plus au monde mais ça n’a pas suffi à assouvir ma soif de voyages et de découvertes.

 

C’est donc dans le but de saisir les cultures, les hommes et leurs coutumes au travers du globe que j’ai décidé de me lancer dans un tour du monde en sac à dos! Avec l’aide financière précieuse des grands groupes que j’avais rencontrés lors de mon stage de fin d’études chez Accenture je prévoyais un voyage incroyable.

 

Et puis…comment vous dire…J’étais à la cité universitaire de Paris lorsque, aux infos, j’ai vu l’avion s’écraser contre l’une des tours du World Trade Center. J'avais 24 ans. J’étais horrifié et j’ai immédiatement pensé aux répercussions de l’attentat sur l’économie mondiale et plus directement, sur ma propre vie. Effectivement mes sponsors se sont retirés un à un jusqu’à ce qu’il ne me reste plus que 1500€ en poche. Le 2 janvier 2002, encouragé par le livre d’André Brugiroux « La Terre n’est qu’un seul pays: 400 000 km autour du monde en stop » où il raconte son aventure avec 1$ par jour, j’ai donc commencé mon périple en autostop.

 

A la fin du premier jour, je voulais rebrousser chemin…je n'étais pas du tout du genre baroudeur et je me suis retrouvé à Nairobi dans un hôtel minable, entouré de regards acerbes et de visages menaçants. Mais je ne pouvais pas rentrer maintenant, j’avais préparé ce voyage pendant des mois et j’avais vendu un vaste programme à mon entourage, le tour du monde en trois étapes: l’Afrique, l’Inde et l’Asie du sud-est.

 

 J’étais trop orgueilleux et c’est ce même orgueil qui m’a permis de persévérer et de faire des rencontres extraordinaires. J’ai eu la chance de discuter avec des êtres incroyables dans des situations inouïes! J’ai pris des centaines de photos évidemment mais sans objectif professionnel. Puis je me suis arrêté en Birmanie dans un monastère bouddhiste pour faire une semaine de méditation et c'est là-bas que l'idée de devenir un reporter photo m’est venue. Je voulais devenir un conteur d’histoire, un dénonciateur d’abus, un instigateur de changement.

 

À mon retour un an plus tard, le 31 décembre 2003, j’avais plus de 8.000 images en poche, j'étais transformé par une des plus grandes aventures humaines de ma vie et j'avais trouvé ma mission, ma direction, mon cours…Enfin, ne croyez pas que cela a  été simple à partir de là! S’en sont suivies  plusieurs années de galères financières pour me faire reconnaître et pour pouvoir vivre de mon travail. On m’a pris pour un fou parce que je tournais le dos à la vie prospère que mes études m’assuraient. J’aurais pu gagner beaucoup d’argent au lieu de passer par la case RMI… pas  facile !

 

We4Planet : Quel a été votre premier travail reconnu ? 

 

Franck Vogel : Il n'est arrivé que 5 ans plus tard, entre 2007 et 2008, avec la réalisation d’un projet sur les Bishnoïs du Rajasthan en Inde. La rencontre avec ce peuple d’écologistes, qui vit en harmonie avec la nature et la vie sauvage depuis le XVe siècle, a été quelque chose d’extraordinaire. Les photos prises ont fait partie de gigantesques fresques à Montparnasse puis d’une expo d’un mois au métro Luxembourg et ont été vues par plus de 15 millions de personnes. Elles ont été reprises par la suite sous différentes formes dans 25 pays, une folie ! France Télévision m’a même commandé un film documentaire que j’ai réalisé en 2010. Le DVD (Bishnois - Rajasthan, l’âme d’un prophète) est disponible sur Amazon et j’ai aussi autoédité un livre.

 

We4Planet : Vous avez réalisé un reportage sur les Albinos de Tanzanie, pourquoi ?

 

Franck Vogel : Au milieu de tout cela, en 2009, j’ai réalisé un reportage sur les Albinos en Tanzanie qui m’avait été suggéré par un ami vivant en Tanzanie. Les albinos sont pourchassés, leurs parties du corps sont vendues à des sorciers pour des charmes et des potions magiques car la croyance veut qu’ils soient porteurs de chance et de richesse…C’est un véritable drame.

 

We4Planet : Votre livre « Fleuves Frontières » (Editions de La Martinière) est un travail monumental, un témoignage qui a été très documenté à travers le monde. Comment le sujet vous est-il venu à l’esprit ? 

 

Franck Vogel : C’est suite à la décision de construction d’un barrage qui risquait de réduire le flux du Nil et de fragiliser ainsi les relations des pays qu’il traverse que mon attention s’est portée sur le sujet des fleuves frontières. Je me suis donc renseigné sur la construction par l’Éthiopie du barrage du Millénaire et des tensions que cela pourrait créer avec l’Egypte et par conséquent, avec Israël et le reste du monde. L’implication des terres de ces pays remua l’ingénieur agricole en moi et j’ai pris un billet d'avion pour aller me documenter sur les faits. C'était un travail de témoignage profond, plein de sens et parfaitement en ligne avec ce que je voulais faire. Suite à cela j’ai enquêté sur le Brahmapoutre, le Colorado et le Jourdain. Afin d’expliquer l’importance croissante de l’eau dans les années à venir, j’ai réalisé cet ouvrage sur les grands fleuves frontières

NDLR: Nous vous recommandons fortement l’expo « Le Colorado, le fleuve qui n'atteint plus la mer » au Pavillon de l'Eau de Paris dans le 16e qui sera prolongée jusqu'au 30 Mars.

 

We4Planet : Pensez-vous poursuivre votre travail sur les Fleuves Frontières ?

 

Franck Vogel : En effet, j'ai déjà documenté le Mékong l’été dernier, qui a été publié en février 2017 par GEO et je vais poursuivre par le Zambèze, le Gange et l’Amazone. Je suis en ce moment même à la recherche de partenariats, français ou étrangers, pour compléter ces témoignages donc n'hésitez pas à en parler autour de vous.    

 

We4Planet : En fin de compte, quel sorte d’impact souhaitez-vous avoir et comment pensez-vous que votre travail peut aider à la résolution de ces conflits ?  

 

Franck Vogel: Je réalise un travail de sensibilisation en mettant la lumière sur les faits et les hommes, j’essaye d’alerter les institutions, de réveiller les consciences. L’idéal, bien sûr, serait d’observer par la suite un impact concret, comme cela a été le cas lors de ma rencontre avec Khamu Ram Bishnoi qui a donné lieu à la mise en place de poubelles en Inde. Aussi, j’espère que ma participation aux conférences de l’UNESCO, de l’Université Columbia, à la COP21 avec l’Ambassade de France au Kazakhstan ou encore récemment à la COP22 avec Erik Orsenna portera un jour ses fruits.

 

We4Planet : Quel est votre avis sur l'initiative We4Planet ? Pensez-vous qu'elle peut être utile pour vous aider dans votre mission et pour faire avancer le Développement Durable ?  

 

Franck Vogel : C’est une excellente initiative qui permettra de mieux cibler ce que l’ont cherche sur le développement durable et l’environnement sur le web. Internet est un formidable outil mais souvent on se perd dans la masse d’information et c’est la que We4Planet a toute sa place. Mes projets à long terme s’inscrivent parfaitement dans la démarche du site et les entreprises pourront y avoir accès plus facilement et certaines y verront un intérêt de s’y associer.

  

LA BIO DE FRANCK VOGEL EN 10 DATES

         1977, Naissance en Alsace

        1998, Maîtrise de biochimie à Lehigh University près de New York

        1999, Arrivée à Paris pour débuter des études à AgroParisTech 

        2002, Départ pour un périple autour du monde et décision de devenir photoreporter

        2008, réalisation du reportage les Bishnoïs du Rajasthan en Inde. Le Reportage fait le tour du monde, les photos sont vues par plus de 15 millions de personnes

        2009, reportage sur le drame des albinos en Tanzanie.

        2011, film sur les Bishnoïs << Rajasthan, l'âme d'un prophète >>

        2012, reportage sur le Nil et démarrage du travail sur les fleuves frontières

        2015, participation à la COP 21

        2016, participation à la COP 22 et publication du livre FLEUVES FRONTIERES

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