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Mercredi 26 avril 2017 tagENERGIE / CLIMAT

[EXPERT CLIMAT] Henri Landes : "Pour réussir la transition écologique, toutes les sphères de la société doivent agir"

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Co-Fondateur de CliMates, auteur, maître de conférences et chercheur Sciences-PO, Henri Landes nous livre ouvertement sa vision sur l’évolution du #climat, le monde et l'utilité de We4Planet

HENRI LANDES - PHOTO
  © SCIENCES PO

We4Planet - Quel est votre vision sur les actions menées depuis la COP21 pour le Climat, quel a été l'apport fondamental de la COP22 ?

Depuis la COP21, nombreux pays ont renforcé leur action de lutte contre le changement climatique. Plus de 140 pays ont ratifié l'accord de Paris et prennent des mesures pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, telle que la mise en place de marchés ou de taxes carbones (il en existe dans 40 pays aujourd'hui). Les pays émergents et moins industrialisés sont davantage sensibilisés et engagés dans un développement propre. La Chine est très motrice de l'investissement dans les énergies renouvelables. L'Afrique du Nord et l'Amérique latine offrent également de beaux exemples de projets en la matière. Nous sommes très loin du point d'arrivée, mais la transition écologique est bien engagée. 

 

Surtout, ce sont les collectivités locales et les entreprises qui accélèrent la transition énergétique. La COP21 n'est pas à l'origine de leur mobilisation mais elle a certainement contribué à son accélération. Les coalitions de collectivités locales (C40, R20, Iclei, CLGU, Energy Cities..) sont nombreuses à échanger des bonnes pratiques, prendre des engagements communs et à militer pour un changement de paradigme économique, social et environnemental. Elles sont une force de plus en plus écoutée.

 

La COP22 n'a pas été une conférence révolutionnaire, mais elle a au moins confirmé cet engagement des Etats, des collectivités et des entreprises pour atteindre les objectifs fixés dans l'accord de Paris (dont celui de 2 degrés de réchauffement atmosphérique d'ici à 2100, comparé à l'ère préindustrielle). C'est à Marrakech qu'ils ont lancé les négociations officielles dans le cadre de l'Accord de Paris et qu'ils ont précisé le travail mené par les acteurs non étatiques (notamment celui qui est piloté par les deux figures désignés comme "champions" du climat). 

 

La COP22 a aussi exposé des actions concrètes, par exemple le plus grand parc d'énergie solaire du monde qui se met en marche actuellement au Maroc. 

 

We4Planet - Quel impact aux USA après l'élection de Trump ?  Quelle mobilisation?  Pensez-vous que la mobilisation des leaders donnera ses fruits ?

L'élection de Donald Trump a certainement affaibli la confiance en la lutte contre le changement climatique dans le court et le moyen terme. Son élection, en plein milieu de la COP22, a diffusé des ondes négatives au sein des négociations, malgré la bonne volonté de nombreux négociateurs. 

 

Donald Trump, un climato-sceptique, recule sur la politique climatique et environnemental des Etats-Unis de manière inquiétante. Il a donné son feu vert à deux grands projets d'énergie fossile qui étaient bloqués auparavant par Barack Obama (les oléoducs XL et du Dakota Access). Il engage le démantèlement du plan national d'énergie propre également élaboré par son prédécesseur. Il supprime des réglementations pour protéger la biodiversité telle que la faune sauvage en Alaska. Enfin, Trump dit qu'il prendra bientôt une décision quant au maintien des Etats-Unis dans l'Accord de Paris. Sa promesse de campagne était d'en sortir. 

 

Cependant, Donald Trump ne peut pas tout défaire sur le climat dans le pays très décentralisé des États-Unis, et encore moins en seulement quatre ans. Les états fédérés sont fortement mobilisés en faveur de la transition écologique, certains encore plus depuis son élection. C'est le cas de la Californie qui augmente actuellement son ambition sur les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et l'agriculture durable. Les villes, les associations et même les entreprises américaines ne comptent pas revenir en arrière sur la reconversion de l'économie vers des nouvelles technologies et des nouveaux emplois verts, dans le solaire et l'éolien par exemple. 

 

A l'international, il y a une incertitude sur l'effet Trump sur la lutte contre le changement climatique. La majorité des états ne souhaitent pas non plus revenir en arrière et reconnaissent que la COP21 était un point de départ. Cependant, si les Etats-Unis en font moins, les autres devront faire plus. Ceci est une proposition compliquée à accepter pour des pays Africains ou pour l'Inde qui subissent une pauvreté extrême d'une grande partie de leur population, notamment à cause du manque d'accès à l'électricité. C'est le cas de plus de 600 millions africains et de 300 millions indiens. 

 

 

We4Planet – Quel est l’impact de la géopolitique sur les actions pour le Climat ?

 

La pauvreté, les tensions et les conflits dans le monde sont aggravés à cause des conséquences du changement climatique.  Le plus d'un million de Syriens qui ont subi la sécheresse et qui ont quitté les territoires ruraux pour se concentrer dans les villes est un exemple probant de cette exacerbation des impacts de conflits armés. Parmi plusieurs autres facteurs, l'eau fait aussi objet de négociation tendue dans le conflit historique israélo-palestinien. La pauvreté de la population de la région de la Nouvelle Orléans l'a rendu d'autant plus vulnérable à l'ouragan Katrina qui a dévasté le territoire en 2006. 



Ce ne sont que quelques exemples et nous voyons que tous les pays, pauvres ou riches, devront gérer le changement climatique. 

 

La préservation du climat dépend de la volonté des états à coopérer et à être solidaire. Or, nous percevons une remise en cause de cette coopération dans des élections et référendums nationaux récents (Brexit, Trump, candidatures de Marine Le Pen et montée d'autres extrêmes droites en Europe). L'attitude de Vladimir Poutine sur le climat est aussi problématique. 

 

Certes, il faut revoir le libre-échange, accélérer l'harmonisation fiscale et sociale dans le monde, délocaliser et verdir la production agricole et industrielle. Mais coopérer moins entre nous et se recroqueviller sur nous-mêmes ne permettra pas de répondre aux enjeux mondiaux d'aujourd'hui. 



We4Planet – Vous êtes maître de conférences et chercheur chez Sciences-Po, quel est le but de vos recherches actuelles ? 

 

 

Mes recherches actuelles portent sur la politique de l'environnement, la politique américaine et la politique de l'agriculture durable. Ce sont des thèmes intimement liés car la préservation de l'environnement dépend de notre modèle agricole à l'échelle mondiale. Et ce dernier est fortement influencé par Washington. 

 

Je tiens à étudier les liens entre les choix politiques, la préservation de l'environnement et le bien-être des citoyens. 

 

 

We4Planet – Quelle est l'ambition de votre ouvrage Le Déni Climatique ?

 

Le déni climatique, coécrit avec l'économiste Thomas Porcher, vise à expliquer que nous ne pouvons pas espérer lutter contre le changement climatique en  fixant des objectifs ambitieux lors des négociations sur le climat (à la COP21 par exemple) si nous ne prenons pas des décisions cohérentes avec ces objectifs dans les instances de décisions économiques : à l'OMC, dans les traités de libre échange, dans le choix des indicateurs de développement (notamment le PIB), et dans l'encadrement des marchés. 

 

Mon livre sur les élections américaines de 2016, Allô Houston ! Les Etats-Unis vus par un Américain en colère, est une analyse des trente-cinq dernières années de la politique américaine. Je constate que sur la même période il y a eu une hausse phénoménale des financements privés des campagnes électorales et des dépenses en lobbying à Washington, des inégalités sociales et de richesse, des émissions de gaz à effet de serre, ou encore de l'usage des pesticides dans l'agriculture. En même temps, il y a eu une baisse considérable des salaires des classes moyennes, de la participation dans les syndicats des travailleurs, des mesures de protection de l'environnement et globalement de la confiance des citoyens en leurs institutions et leurs responsables politiques. 

 

C'est en observant ces tendances que je réalisais pourquoi un candidat avec aucune expérience politique et avec un discours extrême ait émergé pour finalement être élu. Malheureusement, je pense que ce personnage n'a pas compris les enjeux du XXI siècle : redéfinir la richesse et comment nous la partageons, ce qui passe par créer plus de solidarité et plus d'harmonie avec la Nature, et non l'inverse. 



 

We4Planet – Quel retour d'expérience de vos actions au sein de CliMates, du REFEDD ou encore en tant que Conseiller climat auprès du Président de l'Assemblée Nationale ?



L'éducation, tout au long de la vie, est la meilleure solution pour qu'on améliore notre façon de vivre. C'est pour cela que j'ai été si ému et fier de pouvoir cofonder CliMates et de participer au Refedd. Avec des défis si complexes que le changement climatique, la perte de la biodiversité, la dégradation de la santé à cause de la pollution parmi d'autres, il est essentiel de donner une longueur d'avance aux décideurs de demain. C'est ce que nous essayons de faire dans CliMates et au Refedd, en plus de créer des liens entre les personnes pour favoriser le collectif. 

 

Je ne suis plus membre actif de ces belles associations mais suis et observent de loin comment elles continuent de former et d'inspirer des jeunes à s'engager en faveur d'une société plus écologique, juste et solidaire. 

 

En tant que conseiller sur le climat au cabinet du Président de l'Assemblée nationale, j'ai appris la complexité qui est celle de poursuivre une politique environnementale ambitieuse dans un contexte d'économie et de finance mondialisées, de société social-libérale, de pluralisme politique, de redressement économique et de fortes inégalités sociales. Cela prend du temps de démontrer que préserver l'environnement va de pair avec améliorer le bien-être et la prospérité des citoyens. 

 

Après trois années formatrices, j'ai voulu prendre du recul par rapport aux partis et aux institutions politiques afin d'approfondir ma recherche - c'est pour cela que je commence un doctorat sur la politique de l'agro écologie - et afin de mener des projets concrets dans l'entrepreneuriat et l'associatif. 

 

Aujourd'hui, je suis très heureux d'être administrateur à Pik Pik Environnement, association qui fait de l'éducation à l'environnement en Ile-de-France. Je fais aussi fait partie d'un groupe de jeunes professionnels et d'étudiants qui a fondé Les Amis de la confédération paysanne Paris, une association qui soutient l'agriculture paysanne dans la région. Avec ma collègue Cécile Massé, nous avons lancé une start-up qui s'appelle Croc, un traiteur local, bio et zéro déchet qui fournit des repas lors de réunions, d'apéros et de petits événements en Ile-de-France. 

La volonté politique est la clé pour réussir une transition écologique, mais on doit en faire preuve dans toutes les sphères de la société. 



 

We4Planet – Quelles actions prioritaires conseillez-vous aux étudiants, particuliers, organisations pour avoir un réel impact ?


Mon premier conseil est de lancer ou de rejoindre des projets vertueux sur le plan environnemental et social, et d'y croire jusqu'au bout. Tout le monde est capable de porter un projet, que ce soit individuel ou collectif, et de contribuer au changement positif. Il n'y aura jamais suffisamment de projets vertueux, donc il faut y aller. Nous entendons souvent des hésitations ou des paroles décourageantes lors du lancement d'un nouveau projet. Or, tout projet rencontre des défis et c'est justement ce qui les rend d'autant plus épanouissants. 

 

Je conseille deuxièmement de progressivement consommer de manière de plus en plus responsable. Ce n'est pas simplement pour respecter davantage la Nature, sa biodiversité et les autres individus qui travaillent pour produire ce qu'on achète. C'est aussi parce qu'on se sent mieux en le faisant. La réalité est que la pollution dans la nourriture et dans les biens matériels a un impact négatif sur notre santé qui est de plus en plus avéré. Que nous le veillons ou non, tout choix de consommation est politique. 

 

Il y a une pléthore de solutions pour mieux consommer. Les AMAP, les marchés, le vrac (à Day by Day par exemple), les coopératives (dans la nourriture mais aussi dans l'énergie, comme Enercoop qui vend que de l'énergie renouvelable), la viande seulement quand on sait qu'elle est locale et que l'animal a été respecté le plus possible (je mange de la viande rouge moins d'une fois par mois et quand j'en mange c'est la fête)... 

 

Mon troisième conseil est d'aider les autres à s'engager et à s'éduquer. Il y a trop d'inégalités et de pauvreté dans notre société. Le lieu de naissance, l'entourage social, le niveau social-économique de la famille et l'origine ethnique d'un jeune déterminent beaucoup trop sa trajectoire aujourd'hui. Nous devons sortir de cette injustice. Je considère avoir eu beaucoup de chance d'avoir grandi dans une famille de classe moyenne avec des parents très éduqués mais pour qui l'humilité, la persévérance et la frugalité étaient des valeurs importantes. Je ressens ainsi une responsabilité d'aider d'autres à poursuivre leurs projets si je peux être utile. En tous cas, j'apprends beaucoup en le faisant. 

 

La bonne nouvelle c'est qu'encore une fois, les façons d'aider les autres sont nombreuses. Si vous ne voulez pas lancer un projet vous-même, les associations de solidarité, de protection et d'éducation à l'environnement sont nombreuses mais ont toujours besoin de bénévoles et de soutien. 



 

We4Planet – Que pensez-vous du Project We4Planet, quelle seraient les actions prioritaires afin d'avoir un impact concret ? 

 

Je soutiens fortement WE4PLANET parce qu'il est primordial de donner plus de visibilité aux solutions de la transition écologique, sociale et démocratique. La connaissance doit être accessible pour tous. WE4PLANET donnera l'occasion de trouver des solutions plus facilement, de centraliser les informations sur les initiatives innovantes et nouvelles dans le développement durable. Ceci est la première étape de leur généralisation dans la société. 

 

La consommation responsable est un vecteur très important. Lorsque les individus réaliseront que consommer mieux est non seulement possible mais aussi souvent moins cher, nous verrons un basculement.

 

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